Dernières douceurs cuisinées

Crépinette de porc et kale sauté aux échalotes / Carottes de l’Est
photo

« Rouleaux de printemps » d’hiver : avec du foie gras, des navets et des carottes violettes dedans
13141_10152907154877495_8470328411726637829_n

L’avenir du marketing, c’est notre égocentrisme

marketing-egocentrisme_Slate

« Vous aurez sans doute remarqué dans votre entourage l’enthousiasme que peut susciter le fait de tomber sur une canette avec son propre prénom apposé dessus. Sur les réseaux sociaux, nombreux sont les internautes à poster des photos d’eux avec le produit Coca-Cola. La marque propose également aux consommateurs de personnaliser leurs canettes, au plus grand bonheur de ceux dont les prénoms ne figurent pas dans la liste officielle arrêtée.

Au-delà de l’ampleur de ce marketing viral sans précédent (Coca-Cola a remporté leGrand Prix des stratégies médias en juin 2014), que renseigne son succès auprès du public? Comment expliquer que les consommateurs se plient si promptement au jeu de la publicité virale en acceptant de relayer la marque sans apparente contre-partie ? »

Lire l’article ici

Les p’tits plats dans les grands #13 — Magret de canard sur chutney de figues rôties et écrasé de patate douce à la crème d’Isigny

Hier soir, Maud et Christophe sont venus dîner à la maison. Pour l’occasion, j’ai voulu relever le défi de préparer le plat préféré de Maud, qui a grandi à Toulouse : le magret de canard. C’est aussi un des trucs que j’aime le plus me commander en brasserie, avec toujours cette angoisse (oui je prends la cuisson de toute viande très au sérieux) de me retrouver avec soit un magret trop cuit (et donc trop sec), soit saignant (un bon magret doit être tout au plus rosé, jamais saignant).

Pour accompagner la viande avec un bon légume de saison, je suis allée au marché d’Aligre et j’ai acheté un kilo de patates douces. C’est doux, c’est fondant, et ça réchauffe les cœurs par les températures qui baissent. C’est aussi au marché d’Aligre que j’ai trouvé de superbes figues à seulement 2 euros le kilo (j’en ai eu 8 pour seulement 50 centimes, INCROYABLE).

Magret_canard

(Sur cette photo, on ne distingue pas le chutney de figues, qui est caché en trait épais sous le magret de canard – une astuce que je garde des assiettes de L’Ébauchoir, cette géniale brasserie où Manu m’a emmenée l’autre soir. Découvrir une sauce en dessous de la viande = ♥)

INGRÉDIENTS POUR 4 PERSONNES
(Pour pouvoir profiter de mes invités à l’apéro, j’avais préparé l’écrasé de patates douce, le chutney de figues et le magret de canard prêt à cuire avant leur arrivée.)

- 2 magrets de canard
- 8 figues fraîches
- 1 kg de patate douce
- 30 cl de crème d’Isigny
- huile d’olive
- gros sel de Guérande
- poivre
- sésame
- ciboulette
- 10 cl d’eau
- 10 cl de vinaigre balsamique
- 3 cuillères à soupe de miel
- 3 cuillères à soupe de cassonade

PRÉPARATION 

L’écrasé de patates douce
1. Dans une grande casserole, faites chauffer de l’eau jusqu’à ébullition
2. Épluchez les patates douce et coupez-les en gros dés
3. Plongez-les dans l’eau bouillante et laissez cuire un bon quart d’heure
4. Retirez les morceaux de patate douce ramollis et écrasez-les à la fourchette dans un grand saladier
5. Ajoutez un trait d’huile d’olive, la crème d’Isigny, 3 tours de moulin à poivre et une pincée de gros sel
6. Réservez

Chutney de figues
7. Lavez 6 figues (on en garde 2 autres pour le dressage) et ôtez les pédoncules
8. Coupez-les en quatre
9. Dans une petite casserole, faites fondre la cassonade, le miel, le vinaigre balsamique et les 10 cl d’eau ensemble
10. Ajoutez les figues, portez à ébullition, puis baissez le feu et laissez cuire 1h, en remuant régulièrement

Magrets de canard
7. Préparez les magrets de canard en enlevant le surplus de gras sur les côtés de façon à ne garder que le gras du dessus
8. Quadrillez les magrets côté peau, en incisant légèrement avec un couteau pointu
9. Dans une poêle bien chaude, faites cuire les magrets à feu vif pendant 7 minutes
10. Retirez les magrets du feu, videz la poêle de la graisse, puis replacez les magrets de l’autre côté, pendant 5 minutes pour un résultat rosé
11. Réservez les magrets dans un plat chaud

Dressage
12. Au moment du dressage, sortez les magrets encore chauds et coupez-les légèrement en biais avec un couteau pointu
13. Disposez un trait épais de chutney de figues, et déposez les tranches de magrets de canard dessus
14. Présentez-les accompagnée d’une grosse louche de patates douces écrasées
15. Ajoutez une pincée de graines de sésame sur le canard
16. Disposez deux quarts de figues par assiette, pour la décoration

L’AVIS DES CONVIVES
Tout le monde semble avoir trouvé le magret de canard super bien cuit (la peau était légèrement croustillante, la viande en elle-même fondante). L’association avec les patates douces était très douce. Le sel de Guérande est important dans l’histoire, il permet de mieux répondre au sucré qui se dégage déjà du chutney. Bref, une recette résolument comfort food.

Les p’tits plats dans les grands #12 — Tajine d’agneau aux pruneaux

Ça fait quelques temps que j’avais envie de faire un tajine, et bêtement, je pensais que sans plat à tajine ça n’était pas possible. Après quelques détours sur des forums de cuisine du Maghreb, j’ai réalisé qu’une cocotte pouvait en réalité très bien faire l’affaire – tant que la viande est cuite à l’étouffée.

J’ai donc profité de la soirée hammam – gommage – massage qu’on s’est accordée ce weekend* pour rester dans le thème et concocter ce plat que j’aime tant. Une recette que je me promets de refaire cet hiver, vu comme il est agréable de laisser les effluves d’un plat mijoté embaumer la maison.

*Je vous recommande le Hammam du Canal, mixte tous les soirs de la semaine. Propre, rituel respecté, très bel endroit. Parfait pour se dorloter un peu avec les températures qui baissent…

image

 

INGRÉDIENTS POUR 2 PERSONNES :

- 150 grammes de pruneaux
- thé chaud
- 500 grammes d’agneau coupé en morceaux
- 3 grosses carottes
- 1 oignon
- 1 gousse d’ail
- 1 cuillère à café de sel
- 1 cuillère à soupe de cannelle
- 1 cuillère à café de gingembre
- 4 cuillères à soupe de sésame
- 3 cuillères à soupe de sucre
- du thé vert chaud
- huile d’olive
- 2 cuillères à soupe de miel
- 2 tours de moulin à poivre

PRÉPARATION :

1.  Hachez l’ail et coupez l’oignon grossièrement. Détaillez les carottes. Mettez les pruneaux dans un bol de thé infusé pour les faire gonfler.
2. Dans une cocotte, faites chauffer l’huile d’olive et saisissez-y les morceaux d’agneau. Une fois dorés, sortez-les du feu. Réservez.
3. Hachez l’ail et l’oignon. Faites colorer l’oignon dans la cocotte.
4. Remettez l’agneau dans la cocotte. Ajoutez le gingembre, la cannelle, les carottes et le sel. Couvrez le tout avec 2 verres à moutarde d’eau.
5. Laissez mijoter 1h45 à feu doux. Surveillez à mi-cuisson, et ajustez avec un troisième verre d’eau si besoin.
6. 20 minutes avant la fin de la cuisson de la viande, ajoutez les pruneaux gorgés de thé vert, l’ail haché, le miel, le sucre et les graines de sésame.
7. Servez très chaud. Saupoudrez de sésame.

RÉSULTAT :

Une viande super fondante, qui se mêle délicatement aux morceaux de pruneaux onctueux. À servir avec des grains moyens de semoule, ou des pommes de terre. Un délice !

« La fabrication d’une pizza surgelée », double-page décodage pour Okapi

Okapi_pizza

Les p’tits plats dans les grands #11 — Poulet au maroilles et à la bière, pommes de terre rôties au thym

Ce week-end, premiers samedi-dimanche de septembre oblige, c’était la Braderie de Lille. Frustrée de ne pas avoir pu m’y rendre cette année encore pour chiner des trucs-poussiéreux-dont-on-regrette-l’achat-même-pas-deux-semaines-après (ça va faire 5 ans que j’ai quitté la capitale des Flandres et autant d’années que je ne parviens pas à me libérer pour la grande sauterie*), j’ai voulu palier le manque en embaumant l’appart des effluves de notre gourmande gastronomie du Nord.

*C’est drôle comme la grande braderie est un événement qui ne manque véritablement aux Lillois qu’une fois qu’ils déménagent…

J’aurais pu préparer un welsch, LE truc que j’aime le plus sur la carte des estaminets, mais… sans four c’est un peu difficile. J’ajoute donc ce plat à la longue liste des trucs que je cocherai quand j’aurai une cuisine d’adulte (parmi lesquels il y a déjà 1. avoir un truc comme ça pour porter les casseroles, 2. cuire mes bavettes à la plancha, 3. avoir une hotte aspirante pour éviter de me laisser vivre dans une odeur de gyozas pendant trois jours, 4. faire des boules blanches avec une machine à pain) (OUI J’AI DE GRANDES AMBITIONS DANS LA VIE, MOI, MONSIEUR).

En attendant, en l’absence de four, j’ai cuisiné du poulet au maroilles, ce fromage hyper puant que prenaient les paysans de Cambrai pour payer leur dîme.

Préparation_poulet-au-maroilles

INGRÉDIENTS POUR 2 PERSONNES

Poulet au maroilles : 

- 2 cuisses de poulet fermier
- 200 grammes de maroilles (par exemple du vieux-lille, également appelé « puant de Lille »)
- 10 cl de crème fraîche
- un verre à moutarde de bière blonde des Flandres
- 1 échalote
- 1 oignon
- gros sel et poivre

Pommes de terre rôties à la poêle :

- 4 grosses pommes de terre
- 3 gousses d’ail
- du thym
- de l’huile d’olive
- paprika
- gros sel

 PRÉPARATION

Le poulet :

1. Dans une cocotte, faites chauffer le beurre
2. Saisissez-y les cuisses de poulet et retournez régulièrement, jusqu’à ce qu’elles soient dorées
3. Baissez le feu. Couvrez les cuisses de poulet avec le verre de bière et laissez mijoter 30 minutes. Vérifiez à mi-temps, si le poulet n’est plus mouillé, ajustez avec un petit verre d’eau
4. Ajoutez la crème fraîche.
5. Écroutez le maroilles, coupez-le en petits morceaux, et jetez-les dans la cocotte. Mélangez puis couvrez.
6. Émincez l’échalote et l’oignon, puis ajoutez-les à la cocotte.

Les pommes de terre rôties :

1. Coupez vos pommes de terre en frites (en « allumettes » de 3mm de largeur, ou en « pont-neuf » d’1 cm) (ma préférence va aux « pont-neuf »)
2. Faites chauffer de l’huile d’olive dans une large poêle
3. Jetez-y les frites une fois la poêle bien chaude
4. Pendant ce temps, épluchez l’ail et écrasez-le
5. Ajoutez l’ail à la poêle, puis parsemez de thym, de paprika et de gros sel
6. Retirez les frites du feu une fois dorées et moelleuses à l’intérieur, et réservez-les sur du Sopalin pour retirer le surplus de gras

Poulet au maroilles et pommes de terre rôties

REMARQUES

Le fait de laisser mijoter le poulet dans la bière après l’avoir revenu dans le beurre permet aux cuisses d’être à la fois dorées et fondantes à l’intérieur. EXCELLENT si comme moi vous partez en guerre contre le poulet trop sec. Vous pouvez également servir le poulet au maroilles avec du riz (ça prend bien la sauce), des haricots verts cuits à la vapeur (plus légers), ou des pommes de terre cuites à l’eau (plus rapides à préparer). Mais disons tout haut ce que tout le monde pense déjà tout haut : l’accompagnement pommes de terre rôties est évidement plus gourmand !

 

Les p’tits plats dans les grands #10 — Raviolis maison aubergine-parmesan et gnocchis épinards-ricotta

À Toulouse en ce moment pour les Siestes Électroniques, on profite également de notre p’tit duplex Airbnb pour traîner dans le salon et suivre quelques matchs de la Coupe du Monde. Je cherchais donc une recette simple mais longue et répétitive, pour passer le temps devant la télé façon tricot.

Toulouse

Puisqu’on avait acheté le matin-même des filets de colin pané, je voulais trouver un accompagnement à base de légumes mais sans friture. C’est comme ça que j’ai eu l’idée de confectionner moi-même des raviolis et des gnocchis.

La recette de gnocchis épinards-ricotta nous vient d’un livre de cuisine qui traîne dans l’appartement. Celle des raviolis est un mélange de plusieurs marches à suivre trouvées sur la toile.

Assiette finale

RAVIOLIS MAISON AUBERGINE-PARMESAN

Ingrédients :

Pâte :
- 300 grammes de farine
- 3 œufs
- 2 cuillères à soupe d’huile d’olive
- une pincée de sel
- un peu d’eau

Farce :
- 1 belle aubergine
- 1 échalote
- 3 cuillères à soupe de parmesan râpé

Préparation :

1. Mélangez dans un saladier tous les ingrédients pour la pâte. Pétrissez jusqu’à obtenir une pâte homogène et sans grumeaux. Attention : ne lésinez pas sur le pétrissage, car plus vous pétrirez, plus finement la pâte pourra se dérouler – ce qui est primordial pour la confection des raviolis.

2. Enveloppez la boule de pâte dans un film alimentaire et réservez 1h au frais.

Pâte de raviolis

3. Pendant ce temps-là, occupez-vous de la farce. Détaillez l’aubergine en gros dés, émincez l’échalote et faites revenir le tout quelques minutes dans une poêle avec un peu d’huile d’olive. Ajoutez 3 cuillères à soupe d’eau, l’aubergine étant un légume très spongieux, l’eau va aider à la cuisson.

4. Sortez les dés d’aubergine du feu, laissez tiédir puis ajoutez le parmesan.

5. Passez au mixeur la préparation, mais ne broyez pas tout jusqu’à la dernière miette : laissez quelques gros morceaux, ils seront tout à fait appréciables lors de la dégustation. Salez et poivrez. Goûtez et rectifiez si besoin : n’oubliez pas qu’une bonne farce est gage de bons raviolis.

5. Une fois le temps de repos écoulé, sortez la boule de pâte et divisez-la en 4 ou 5 parts. Farinez votre plan de travail et prenez une part de boule de pâte. Roulez-la jusqu’à obtenir une pâte plus fine.

Confection des raviolis

6. Avec un emporte-pièce (ou le fond d’un verre à moutarde – c’est ce que j’ai fait ici), découpez des petits cercles dans la pâte.

7. Déposez dans une moitié de disque l’équivalent d’une bonne cuillère à café de farce, puis rabattez les bords. Pressez bien, avec un peu d’eau, afin de sceller le raviolis convenablement de façon à ce que la farce ne s’échappe pas du raviolis lors de la cuisson.

Raviolis aubergines-parmesan

8. Une fois vos raviolis confectionnés, plongez-les dans une grande casserole d’eau frémissante. Retirez-les du feu lorsqu’ils seront remontés à la surface.

GNOCCHIS ÉPINARDS-RICOTTA

Ingrédients :

- 500 grammes d’épinards hachés surgelés
- 350 g de ricotta
- 4 c. à soupe de parmesan fraîchement râpée
- 2 œufs battus
- 2 pincées de noix de muscade
- 3 à 4 c. à soupe de farine
- sel, poivre noir moulu

Préparation :

1. Faites cuire les épinards comme indiqué sur le paquet. Laissez refroidir puis passez les épinards au tamis, en pressant dessus avec une fourchette pour bien retirer l’eau.

2. Mélangez aux épinards la ricotta, le parmesan, les œufs, les pincées de noix de muscade, la farine. Passez le tout au mixeur

3. Salez et poivrez. Ajoutez un peu de farine jusqu’à obtenir une préparation homogène.
4. Formez des boudins avec la pâte obtenue et farinez-les légèrement en les roulant sur votre plan de travail.

Confection des gnocchis épinards-ricotta

5. Portez à ébullition une grande casserole d’eau salée et plongez-y les gnocchis délicatement. Laissez-les cuire 1 à 2 min jusqu’à ce qu’ils remontent à la surface.
6. Retirez-les avec un écumoire et saupoudrez de parmesan. Servez aussitôt.

« Rendez-nous les boulettes ! »

Voici mon enquête sur les boulettes, dans Grand Seigneur, le trimestriel du plaisir à table de Technikart, publié dans le numéro de juin / juillet / août 2013 :

GrandSeigneur_boulettes
Les bonnes feuilles :

« La boulette a toujours été une parade : une parade esthétique pour rendre plus appétissants les bas morceaux, une parade économique lorsque, mélangée à du pain et des pommes de terre, la viande semble être en plus grande quantité dans l’assiette ou encore une parade gustative, lorsqu’elle permet l’association de saveurs inédite.

Mais la question de « la parade dans la parade » existe aussi, et elle prend vie sous la forme de la problématique suivante : l’essence de la boulette est-elle de s’auto-suffire ou peut-on considérer qu’une boulette n’est entière que dans son mariage avec une sauce ? La question n’est pas universellement tranchée et deux écoles se regardent aujourd’hui en chiens de faïence. Ainsi, Stéphane Dubreil estime qu’une sauce peut légitimement venir magnifier une boulette tandis que son collègue boulettologue, plus puriste, juge qu’un accompagnement liquide est forcément un cache-misère. Une 3e voie se dessine en la personne de Andrée Zana Murat, qui nous glisse : « J’aime quand la boulette se suffit à elle-même, mais il faut reconnaître que dans certaines cuisines, comme au Vietnam par exemple, les boulettes n’atteignent leur apogée que lorsqu’elles marinent dans un bouillon. Quant aux boulettes à la tunisienne, qu’on jette dans un fond d’ail, de sauce tomate et d’huile d’olive ? Je n’ose y penser, elles sont un vrai régal ! » »

À propos de « la montée du FN »

On assiste ces derniers jours à de prétendues saillies révoltées de type « je veux quitter le pays » et autres tirades distribuant la fessée aux abstentionnistes.

Bien sûr, la montée du FN a quelque chose de sidérant. Mais sidérés, le sommes-nous vraiment pour les bonnes raisons ?

FN

Il faut voir comme on nous parle, le reste de l’année. Acrimed publie aujourd’hui un article confrontant la une du Point cette semaine, qui fait mine de s’étonner du haut score du FN (« Merci qui ? Histoire d’un burn out français » titre le magazine, avec en arrière fond une photo de Marine Le Pen), et… toutes ces unes précédemment sorties par le Point qui pointe tour à tour du doigt « les assistés », « l’immigration », « la burqa », et « l’Islam sans gêne ».

Alors, sidérés, par quoi le sommes-nous ?

Hier, une amie me proposait de me joindre à elle à l’occasion de la manifestation « Tous unis contre le FN ». Je me suis retrouvée à décliner. Et quand j’ai osé cette semaine soupirer en société tandis que les uns et les autres s’indignaient contre « la dédiabolisation du vote FN », il n’a pas été rare que l’on me prenne – gentiment – à partie : « Ça ne t’indigne pas, toi, Émilie ? »

Bien sûr que je suis indignée. Bien sûr que je suis en colère. Bien sûr que je trouve ça sain / utile / normal de vouloir battre le pavé pour manifester son indignation.

Mais je m’interroge et cherche les raisons de ma lassitude : pourquoi serais-je sortie dans la rue contester les résultats d’un scrutin dont je conteste déjà le principe même ? Le vote, instant démocratique permettant momentanément au peuple de se gargariser d’un moment politique, ne restera qu’une chimère si sitôt le scrutin terminé chacun retourne dans son champ brouter.

À partir de là, je m’interroge de nouveau : comment peut-on décemment reprocher aux abstentionnistes d’être abstentionnistes tandis que les raisons de la crise de légitimité de la classe dirigeante s’amoncellent toujours un peu plus, entre une affaire Cahuzac et une autre appelée Bygmalion ?

Plutôt que de pester sur ceux qui (et comment pourrait-on le leur reprocher ?) n’ont plus foi en la politique, plutôt que de deviser confortablement sur « la connerie » de l’électorat FN, prenons cette même colère et portons-la à l’adresse de l’ensemble de ceux qui le méritent vraiment : la classe politique. Trouvons le moyen de signifier qu’un scrutin n’a aujourd’hui aucun sens si les bulletins blancs ne sont pas capables de faire annuler une élection, et/ou si le vote obligatoire n’est pas instauré et/ou, si l’on ne tente pas le tirage au sort.

Comprenons enfin que les vraies raisons de la colère, ce ne sont pas cette partie émergée de l’iceberg qui est la poussée du FN, mais bel et bien le clivage social, le manque d’horizon politique, le chômage, la peur de l’autre… autant de maux tous les jours plus renforcés par le sentiment résigné de ne plus pouvoir être représentés par nos élus.

« Ce sentiment d’impunité », comme le disait Fabrice Arfy ce matin sur France Inter, qui poussent si souvent ceux que l’on portent au pouvoir à se croire invincibles et au dessus des masses. Dans ce contexte, comment sérieusement en vouloir aux abstentionnistes ? Comment se contenter de tout mettre sur le dos de « la bêtise » de l’électorat frontiste ?

En d’autres termes, poster un statut Facebook au lendemain des élections pour insulter l’électorat FN et geindre sur l’abstention autour d’un café, c’est, en un sens, précisément ce que les dominants attendent de nous. Que l’on impute les faillites d’un scrutin à la bêtise du voisin.

Écran de fumée, qu’ils disaient.

« Le geste d’un déséquilibré »

Vendredi dernier, Elliot Rodger, 22 ans, que l’on surnomme déjà dans toutes les colonnes « le tueur de Santa Barbara », a assassiné 6 personnes, avant de se donner la mort. La veille, il avait posté une vidéo sur YouTube pour expliquer ses actes.

Cette effrayante séquence de 7 minutes est un manifeste misogyne évident, produit d’une culture masculiniste, qui part notamment du principe presque mathématique que les femmes ne consentant pas à des rapports sexuels avec les hommes gentils avec elles sont des « salopes ». Pour la majorité des médias pourtant, la tuerie de Santa Barbara reste « le geste d’un déséquilibré ».

« Déséquilibré », Elliot Rodger l’était probablement. Mais misogyne, il l’était pour sûr. Car avant d’être un « déséquilibré » dont la folie et l’accès de violence expliquent la possibilité du passage à l’acte, le jeune homme était avant tout le pur produit de la société patriarcale dans laquelle nous vivons. Mais le présenter comme cela était une épreuve de remise en question peut-être trop pénible pour que l’opinion publique puisse s’en saisir. Parler  du « geste d’un déséquilibré » permettait sans doute d’éluder le débat. « C’est terrible, cette tuerie-là », « Oui, encore un fou »… pourrait-on alors s’échanger en soupirant près des machines à cafés des quatre coins du monde.

Il est bien plus confortable d’imaginer que les pires horreurs ne peuvent être que le fait de personnes elles-mêmes horribles. Il devient plus compliqué d’interroger les conditions de telles horreurs, ce qui – précisément – les a rendues possibles.

Le cas d’Elliot Rodger est fou, à n’en point douter, fou de violence – et en ce sens, oui, il est spectaculaire et médiatique. Faites le test. Montrez la vidéo postée à n’importe lequel de vos amis, et il y aura évidemment de fortes chances pour que celui-ci s’en trouve abasourdi. Et pourtant, on ne compte plus les fois où l’on entend certains, goguenards, plaisanter, « pas besoin, je l’ai déjà baisée » en refusant d’acheter une rose à un vendeur pakistanais; pendant que d’autres spéculent sur le concept très « sociologie de comptoir » au demeurant de la « friendzone », là où sont supposer se trouver « les mecs qui ont le malheur d’être trop gentils avec les filles et donc de ne pas pouvoir niquer parce qu’il est bien connu que les filles préfèrent les gros connards ». Le principe qui sous-tend ces raisonnements est clair et tristement banal : on pourrait gagner / calculer / prévoir / mériter la sexualité des femmes. C’est autrement dit la liberté sexuelle des femmes qui est bafouée tandis que la domination des hommes se pose en évidence.

Au delà du fait divers, donc, il est urgent de s’attarder sur le traitement médiatique de celui-ci et de ce qu’il renseigne de nos façons d’aborder la domination patriarcale. Dans quelle espèce de société vit-on pour qu’un jeune homme en vienne à tuer des femmes parce qu’il est « toujours vierge à l’âge de 22 ans » ? Consommer l’acte sexuel est-il une prérogative masculine si installée qu’il en devient scandaleux pour un homme de ne pas pouvoir en profiter ?

Il est urgent de cesser la dépolitisation du sexisme. Le sexisme ne doit pas être envisagé sous un angle de hiérarchisation des luttes. Le sexisme n’est pas une sous-problématique qui viendrait faire de l’ombre à d’autres combats, plus nobles, tels que le racisme et la fracture sociale. Le sexisme est une question de société transversale à toutes les luttes.

« Vous en connaissez, des hommes qui raisonnent comme ça. Des geeks qui, parce que les filles les « méprisaient » à l’école, estiment qu’ils prennent leur revanche en les excluant de « leur » communauté (« mais de quoi elle parle celle-là BOOOOOOOBS »). Des hommes qui ont payé le cinéma à une fille et la traitent de salope si elle ne les suce pas en retour (« 10€ la place putain! »). Qui estiment qu’ils ont un droit inné à la baise, et ne comprennent pas qu’un « hé Mademoiselle vous êtes charmante » ne leur vaille pas un grand sourire et un numéro de téléphone direct. »

Anne-Charlotte Husson

Puisque rien ne sert de paraphraser des papiers déjà très bien rédigés, je vous laisse donc ici avec quelques liens qui viennent, et j’en suis heureuse, rompre avec l’ataraxie médiatique ambiance sur cette affaire.

Ça fait genre – C’est l’histoire d’un tueur misosyne qui n’intéressait personne

— Madmoizelle – Le tueur fou n’était pas fou, juste misogyne

— VICE – La vie virtuelle d’Elliot Rodger révèle l’existence d’une communauté anti séducteurs